Les émotions du thérapeute dans la relation transférentielle

Dans le cadre de la psychothérapie, les émotions du thérapeute sont de puissants leviers thérapeutiques. Nous allons vous parler des émotions contre-transférentielles, sujet essentiel en psychothérapie. Nous présentons l’évolution de la posture de thérapeutes de référence vis-à-vis du contre-transfert. Puis, en lien avec notre vécu de thérapeutes, nous poursuivons avec la méthodologie d’analyse conceptualisée par M. Novellino.

E. Berne définit le scénario comme le drame de transfert1. Il ajoute que toutes transactions de l’état du moi Enfant du patient vers l’état du moi Parent du thérapeute sont des transactions de transfert et que toutes les transactions de l’état du moi Parent du thérapeute vers l’état du moi Enfant du patient sont des transactions de contre-transfert.

Si S. Freud considère le contre-transfert comme la « croix » du psychanalyste, le point de vue de son disciple S. Ferenczi diffère : pour lui par la négation de ses émotions, le psychanalyste inhibe le traitement.

Chez les analystes transactionnels, avec l’approche psychodynamique, M. Novellino expose que « le contre-transfert aide à contrôler le rôle que, inconsciemment, le patient induit chez le thérapeute, et par conséquent à mieux comprendre ce qui se joue dans la relation. Pour se faire le thérapeute se divise en une partie rationnelle qui observe, et une partie irrationnelle qui s’identifie au patient »2. Son travail est complété en AT relationnelle par H. Hargaden et C. Sills.

Ces différents thérapeutes parlent de l’importance d’élucider le contre-transfert, de l’opportunité thérapeutique qu’il offre. Comment cela se passe ? M. Novellino définit cinq étapes : permission d’avoir un contre-transfert, prise de conscience, abstention, analyse du contre-transfert et son utilisation.

  1. Pour commencer il s’agit de percevoir, de ressentir l’émotion contre-transférentielle, acceptable quelle qu’elle soit. Il y a à…se laisser sentir. Cela peut paraitre évident, mais dans la pratique les ressentis d’agacement, d’impuissance, d’ennui… sont à accueillir sans jugement, sans avoir peur, sans être effrayé. Cela parle d’acceptation de l’émotion, d’être tranquille avec, de ne pas chercher à l’éviter, ni à la refouler. Et aussi de ne pas se juger nul, impuissant, mauvais thérapeute, etc.
  2. Cette prise de conscience amène à la compréhension de ce ressenti. Le thérapeute a un travail d’introspection à mettre en œuvre. Ce qui lui permet de reconnaitre et nommer l’émotion, puis de répondre à la question est-ce qu’elle appartient ou non à la relation transférentielle ? Qu’est-ce que je ressens ? de l’agacement, de l’impuissance, du désespoir … comment est-ce d’être agacé ? Que signifie ce ressenti ? Est-ce que cette impuissance fait écho avec mon scénario ? Est-ce que ce désespoir me rappelle le mien quand je n’obtenais pas l’attention de mes parents ? Pour ce type de contre-transfert, le thérapeute peut choisir de le traiter plus tard en psychothérapie ou en supervision.
  3. Et tant que le contre-transfert n’est pas analysé, ne rien en faire ! Étape d’importance, difficile à tenir cette abstention. Nous rappelons combien il est nécessaire de rester 3 pas derrière le patient en n’ayant pas de projet pour lui.
  4. L’analyse pour comprendre le contre-transfert. Une fois déterminé et mis de côté ce qui lui appartient, le thérapeute s’occupe de la signification de ce contre-transfert pour la relation avec le patient. En fonction de ce qui a été amené en thérapie, du scénario du patient, qu’indique l’émotion ressentie ? Est-ce que le patient projette sur le thérapeute l’agacement d’une figure d’autorité ? Est-ce que le patient projette sa propre impuissance, son désespoir, sa honte… ? Est-ce que cette émotion est interdite, il n’est pas autorisé à la ressentir ? Ce dernier exemple se réfère au processus d’identification projective, « c’est un élément de l’Enfant du patient qui est extériorisé et projeté sur l’Enfant du thérapeute. »3. Le ressenti du thérapeute est de l’ordre du bizarre, de l’inconnu, il est surpris et déconcerté.
  5. C’est ce travail d’analyse, qui répond selon M. Novellino à : « si le matériel mis à jour dans le contre-transfert était une partie de patient, que me dirait-il à propos de ses problèmes ?»4. L’utilisation des émotions contre-transférentielles sera fonction du choix du thérapeute. Ce peut être une opération Bernienne dans un objectif d’une prise de conscience chez le patient. Ce peut être simplement d’être là présent et contenir. Cela fait vivre au patient quelque chose de nouveau, une relation nécessaire à la croissance5 ; par exemple en agissant différemment de la figure d’autorité projetée.

Nous faisons un focus sur l’utilisation du contre-transfert dans le cadre du transfert transformationnel : « Dans ce transfert, on attend du thérapeute qu’il transforme l’expérience en la rendant possible à contenir et en lui donnant du sens. Autrement dit, il doit contenir cette expérience et modéliser une façon de la gérer qui soit différente de celle du client »6.

Nous terminons cet article en souhaitant un beau parcours émotionnel au lecteur.

Cécile Landaud, Véronique Nicolas, Florence Witzel : texte paru dans La Lettre de l’Ecole, Publication de l’Ecole d’Analyse Transactionnelle-Lyon, Décembre 2025


1 BERNE Eric. (1981). Analyse transactionnelle et psychothérapie, Editions Payot.
2 NOVELLINO, Michelle.(1983). Contre-transfert et alliance thérapeutique. C.A.T. 4, p 199.
3 GREGOIRE José.(2007). Les orientations récentes de l’analyse transactionnelle. Les Editions d’Analyse Transactionnelle, p.83.
4 NOVELLINO, Michelle.(1983). Contre-transfert et alliance thérapeutique. C.A.T. 4, p 200.
5 LITTLE Ray (2011). Clarifier une impasse dans la matrice du transfert et du contre-transfert. A.A.T. 144.
6 HARGADEN Héléna et SILLS Charlotte.(2006). Analyse transactionnelle : Une perspective relationnelle. Les Editions d’Analyse Transactionnelle, p.97.

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